Conte… La petite pelote de haine

par / vendredi, 16 décembre 2011 / Publié dansContes

Il était une fois un ancien petit garçon qui s’était attaché, il y avait, de cela, très longtemps, à une petite pelote de haine.

Cette petite pelote de haine lui tenait froid au ventre et au cœur.
Il en avait besoin, des fois qu’il aurait flanché ou renoncé !

Oui, il se servait de cette petite pelote de haine pour ne pas oublier toutes les violences qu’il avait reçues de son père et aussi pour se rappeler tous les reproches qu’il avait envers sa mère… qui avait laissé faire cette violence sur lui, sans intervenir.

Ah oui, il voulait se souvenir, ne pas oublier !

Aussi, depuis quarante cinq ans, soigneusement, il entretenait ses ressentiments, ses rancœurs ainsi qu’une tristesse faite de morosité et d’humour décapant qui souvent blessait même…. ceux auxquels cet humour n’était pas destiné.

Sa petite pelote de haine était ainsi très bien entretenue, toujours vigilante, toujours présente…

Il avait aussi mille exemples de souffrances, d’incompréhension, de violences ou d’injustices qu’il avait reçues ou subies. Aucune ne devait être oubliée. Jamais de la vie !

Un jour, cet homme, car c’est devenu un homme, décida de ne plus garder sa petite pelote de haine. Au début, ce fut terrible: il avait l’impression d’être nu, démuni. Il fut complètement désorienté.

Il dut s’aider en faisant un grand sac, avec deux draps de lit cousus ensemble, pour déposer dedans toutes les aigreurs, tous les souvenirs négatifs qu’il avait en lui.. Rancoeurs et ressentiments emplirent bientôt le sac.

Certains, très coriaces, revenaient en lui, même après avoir été déposés dans le sac. Il ne se découragea pas, continua à les déposer, à se débarrasser de toute cette violence qu’il entretenait en lui depuis tant d’années… en ressassant sa souffrance d’enfant maltraité, en accusant, en se plaignant.
Certains jours, il aurait voulu dénoncer au monde entier quels parents épouvantables il avait eu.

Pour que tout le monde sache… son malheur et… son mérite d’avoir supporté tant d’injustices !
Quand le sac fut plein, il ne put « inviter » ses parents pour leur « rendre » tout cela, car le temps avait passé et ils étaient morts tous les deux.

Aussi décide t-il d’aller déposer ce grand sac de ruminations noires et de ressentiments amers sur leur tombe.
A partir de ce jour, ce fut comme un miracle !
Le regard, la bouche, le visage mais aussi les gestes de cet homme ne furent plus les mêmes.

Il retrouva une seconde jeunesse et, le plus étonnant fut que ses propres enfants commencèrent à s’approcher de lui avec confiance, avec anbandon. Car ils avaient très peur de cet homme, qui pourtant ne les avait jamais frappés. Ils cessèrent de se disputer entre eux.

Ils osèrent, eux aussi, les gestes de la tendresse et de l’ouverture et purent les vivre… du vivant de leur père.

Ainsi se termine le conte de l’homme qui avait entretenu durant tant d’années une pelote de haine à même sa peau.

Source : Conte Tibétain

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